Au col de la Croix-Morand, un craquement sec a suivi mon premier pas hors trace, et la neige a filé dans mes chaussures sans prévenir. Pendant la pause, je ne sentais presque rien sous 20 cm de poudreuse, et je me suis cru tranquille. J'avais laissé les guêtres à 30 euros à la maison, et le froid a mordu ma cheville au redémarrage, comme une claque sèche. Depuis la région de Clermont-Ferrand, je suis parti 1 h 05 vers le col de la Croix-Morand pour une sortie en raquettes avec ma compagne, sans enfants.
J’ai cru que mes chaussures montantes suffiraient à me protéger
On vit à deux, ma compagne et moi, et cette sortie faisait partie de nos week-ends d'hiver, pas d'une expédition compliquée. Le ciel était clair, la neige légère, et le hors trace paraissait propre sur 2 kilomètres, presque rassurant sous les raquettes. J'avais glissé des gants, une polaire et une gourde, mais pas ces guêtres que je trouvais trop simples pour le décor. En tant que Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant, j'étais pourtant sûr de moi sur ce coup-là.
Le vrai problème, c'était le bord du pantalon, beaucoup trop court pour le terrain du jour. Il ne recouvrait pas assez le haut de la chaussure, et chaque pas laissait une ouverture nette au niveau du laçage. J'ai été convaincu, à tort, qu'une tige montante suffirait à bloquer la poudre, alors que la neige passait par le col. Elle formait vite un petit bourrelet autour de la cheville, juste sous le laçage, et je l'ai sous-estimé d'entrée.
Le bruit m'a surpris avant même le froid, avec ce crissement qui se referme puis se tasse. La neige se compactait autour de la cheville avant de glisser à l'intérieur, comme si le col aspirait la poudre. Je sentais la poudre froide se coincer juste au-dessus de la languette, là où le pantalon faisait un entonnoir bête. Le bas de jambe remontait de 2 cm à chaque foulée, sans que je le remarque tout de suite.
Au bout d’une heure, la surprise glaciale qui m’a coupé net
Au bout d'une heure, j'ai marqué une pause au soleil, assis sur un rocher dur et sec. Mes pieds me semblaient encore secs, et je me suis même dit que j'avais dramatisé la veille pour rien. La neige brillait, la météo restait calme, et je n'avais qu'une gêne légère à la cheville. Je me suis senti presque ridicule d'avoir pensé à la galère, alors que le piège était déjà en place.
Au redémarrage, le froid a remonté de la cheville vers les orteils en quelques secondes, net et sans appel. Le dessus du pied a pris le premier coup, puis l'engourdissement a gagné l'avant du pied d'un seul bloc. J'ai compris que la neige avait envahi la chaussure par le haut, puis qu'elle avait commencé à fondre au contact de la chaleur. Je me suis retrouvé avec un pied lourd et malhabile, et le geste le plus simple devenait bizarre.
Les chaussettes ont pris l'humidité, puis le froid a mangé toute la suite de la sortie, sans faire de bruit. La marche est devenue plus lente, avec des appuis moins francs sur la poudre et moins d'envie dans le geste. Après 2 heures 40 dehors, j'avais le pied plus raide, la jambe plus lourde, et le bas de pantalon foncé par la neige humide. Le paysage restait beau, mais je ne regardais plus que mes pieds, et ça m'a plombé le plaisir.
Le moment le plus moche est arrivé quand j'ai hésité à continuer ou à faire demi-tour, là, sans cinéma. J'avais peur de transformer une erreur bête en vraie bêtise, et j'avais surtout l'impression d'avoir raté ma sortie. J'ai retiré la chaussure derrière un rocher, et j'ai vu la chaussette détrempée avec de la neige tassée dans la zone des orteils. En secouant le chausson, j'ai entendu ce bruit sourd de neige compacte qui tombe du col, et j'ai été frappé par le paquet glacé au fond.
Ce que j’aurais dû faire (et ce que je sais aujourd’hui)
Depuis ma Licence STAPS mention entraînement sportif (2010), j'ai appris à regarder ce genre de détail avant de parler d'effort. Mon travail de Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant m'a aussi appris ce point, au fil des saisons et des reportages. Ma Formation continue en sécurité en montagne auprès de la Fédération Française des Clubs Alpins (2015) m'a laissé le même réflexe. En 15 ans, j'ai vu assez de pieds trempés pour ne pas minimiser une cheville humide qui commence à piquer. Une guêtre devait couvrir le col, et le pantalon devait tomber assez bas pour casser l'effet d'entonnoir au-dessus de la languette.
J'ai relu ensuite mes propres signaux, et ils étaient là dès le début, presque trop nets après coup. Le bas de jambe fonçait un peu, la cheville devenait fraîche, puis la chaussure prenait ce poids bizarre qui ne trompe pas. Le problème, c'est que je les ai laissés passer, parce que je marchais déjà dans mon idée de sortie tranquille.
- petits paquets blancs sur le col de la chaussure
- pantalon qui remonte de quelques centimètres
- sensation de fraîcheur à la cheville
- bruit de neige qui crisse puis se compacte
- chaussure plus lourde au bout d'une heure
Les repères de la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM) et de l'INRS sur le froid humide vont dans le même sens que mon raté. Le corps perd vite du confort quand l'humidité s'installe, même si l'air reste clair, et la neige de printemps colle encore plus au bas du pantalon. Pour un pied qui reste engourdi, qui change de couleur ou qui fait encore mal après la marche, je n'ai pas à jouer au spécialiste, j'ai laissé ça à un médecin. Mon terrain, c'est le récit de ce que j'ai raté, pas un diagnostic, et je préfère rester honnête là-dessus.
La leçon que je tire de cette galère et ce que je fais maintenant
J'ai sous-estimé la neige poudreuse et sa vitesse d'infiltration, alors que le terrain me le montrait déjà. Ce jour-là, la sortie a gardé un beau ciel mais a perdu son confort au moment où j'en avais le plus besoin. Avec ma compagne, sans enfants, j'ai aussi vu l'écart de confort entre deux sacs préparés différemment, très simplement. Elle avait pensé à ses guêtres, pas moi, et elle a fini avec des pieds secs pendant que je traînais mon pied lourd.
J'ai fini par acheter des guêtres à 30 euros, et la facture m'a paru presque ridicule après coup. J'ai aussi changé de pantalon, parce que le tissu trop court laissait trop d'air au niveau du col. On vit à deux, ma compagne et moi, et j'ai même commencé à ouvrir le sac avant chaque départ pour vérifier la paire. Sur la sortie suivante, le simple fait de couvrir la cheville m'a paru net dès les premiers pas.
Ce que je sais maintenant, c'est que la neige ne pardonne pas le pantalon trop court ni la chaussure que je crois plus protectrice qu'elle ne l'est. Sans guêtres ni pantalon adapté, la neige entre vite dans la chaussure et humidifie la chaussette en moins d'une heure, et c'est exactement ce que j'ai payé au col de la Croix-Morand. Pour quelqu'un qui accepte de finir une sortie avec les chaussettes humides, le sujet paraît banal. Je suis rentré en pensant à ces 30 euros de guêtres laissées à la maison, et si j'avais su, j'aurais évité cette scène.


