Le fartage m'a sauté au visage dès la première traversée humide, au-dessus du Mont-Dore, et la neige a collé sous mes skis comme une pâte grise. C'est mon retour d'expérience sur une erreur de fartage. Depuis la région de Clermont-Ferrand, je suis parti 2 jours vers le Sancy pour une sortie de printemps avec ma compagne, sans enfants. J'avais laissé filer un fartage banal. J'ai perdu 27 euros au passage, et la descente a viré court. En regardant la pente, j'ai compris que le mauvais geste était déjà payé.
Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas
En tant que rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant, j'avais passé la semaine à écrire sur des sorties propres et rapides. Le vendredi soir, avec ma compagne, sans enfants, on a plié les sacs pour une matinée annoncée belle. Je suis parti sans repasser par l'atelier. On vit à deux, ma compagne et moi, et j'ai été convaincu qu'un fartage ancien tiendrait encore une journée. Au parking du Mont-Dore, j'ai laissé le matos dans cet état par pure paresse.
Dès les premiers virages, j'ai senti les skis freiner tout seuls dans les portions plates. Le bruit de raclage sourd sous les semelles m'a agacé, et des boulettes de neige se sont formées vers le patin et sous le talon. Je me suis retrouvé à pousser alors que la pente demandait juste de laisser filer, et chaque relance avait un goût de corvée. J'ai cru un instant à un petit défaut de réglage, puis la sensation de colle a pris toute la place.
Au retour d'une descente, j'ai retourné un ski en plein milieu du versant et j'ai vu cette neige compacte collée comme un chewing-gum sous la semelle, alors que j'attendais une surface lisse. La semelle avait pris un aspect mat, sec, presque blanchâtre sur les bords du patin, avec un noir grisâtre qui avait disparu. Là, j'ai été frappé par le fait que ce n'était ni ma technique ni la fatigue. Le fart était rincé, et je l'ai compris en le voyant avant même d'avoir envie de rire jaune.
La galère physique et mentale que je ne voyais pas venir
Chaque faux-plat était devenu une bataille. Je poussais comme un forcené alors que d'habitude je laissais filer mes skis. C'était comme si je skiais avec des semelles en plomb. Sur une liaison de 800 mètres, j'ai dû relancer six fois, et mes cuisses ont chauffé avant le milieu du versant. La neige humide gagnait à chaque appui. Mes bâtons tapaient plus fort pour compenser une glisse qui s'éteignait. Je savais encore lire la pente, mais mon corps envoyait un autre message, beaucoup moins flatteur.
Le pire n'était pas le poids, c'était la sensation de sabotage bête. J'ai été frappé par le contraste avec une sortie précédente au Sancy, où tout glissait encore sans forcer. Là, chaque traversée ressemblait à un frein à main, et je me suis senti étranger à mes propres skis. Ce n'était pas une mauvaise journée de forme, c'était une glisse qui avait disparu sous mes pieds.
Le problème venait surtout d'une semelle sèche, ternie, par moments blanchie, qui ne gardait plus le fart. J'avais laissé un fart universel faire l'affaire plusieurs sorties, et sur neige de printemps il rendait la glisse moyenne partout, puis franchement mauvaise dès que l'humide a pris le dessus. Avec mes 150 sorties par an, je connais le piège, et je me suis quand même fait avoir. Sur le coup, j'ai pensé que ça passerait, puis la couche collée a juste grossi d'un virage à l'autre.
Le prix de mon erreur : temps, argent et énergie gaspillés
J'ai perdu 1 heure 20 à pousser, à m'arrêter, puis à gratter les paquets de neige sous les skis. Sur une sortie qui aurait dû filer, j'ai compté trois arrêts rien que pour enlever la couche collée au patin. Le versant a avalé ma patience plus vite que mon souffle, et j'ai fini la dernière montée au ralenti. Ce genre de perte paraît minuscule sur le papier, mais sur place elle ronge tout.
Le soir, le magasin du Mont-Dore m'a repris le matos pour 27 euros, et j'ai eu l'impression de payer deux fois la même bêtise. Ce fartage simple m'aurait coûté bien moins cher la veille, et j'aurais gardé cette somme pour autre chose que mon manque d'anticipation. J'ai eu un vrai goût amer en sortant du comptoir, parce que la facture venait après la journée ratée. Même 27 euros, sur le moment, m'ont paru plus lourds que le sac de peaux.
Le lendemain, mes cuisses étaient raides et ma fatigue a traîné jusqu'au surlendemain. Je me suis senti vidé pour une sortie qui ne demandait pas un gros niveau, juste un peu d'entretien de base. Je me suis même demandé si je n'allais pas laisser mes skis au garage trois jours. L'agacement est resté plus longtemps que les courbatures, et c'est ça qui m'a agacé le plus.
Ce que j'aurais dû faire et ce que je ne referai plus jamais
La veille, j'aurais dû passer un fart chaud adapté à la neige de printemps, pas ce vieux fart universel qui faisait semblant de marcher partout. Sur cette neige humide, un fart plus tendre aurait limité l'adhérence de l'eau sous la semelle, et la différence se voit dès la première descente quand la glisse reste nette. Depuis ma Licence STAPS mention entraînement sportif (2010), je sais que le détail matériel pèse vite sur l'énergie dépensée, mais ce matin-là je l'avais laissé de côté. J'avais gagné du temps le vendredi, puis j'en avais perdu bien plus le samedi.
J'avais ignoré la semelle terne, le blanc qui prenait sur les bords du patin et ce petit ralentissement sur la première portion plate. Le ski m'avait déjà parlé, mais j'avais préféré croire que la neige serait assez froide pour me laisser tranquille. J'aurais dû lire ce signal avant le départ, quand la semelle avait déjà cet aspect mat que je connais trop bien. J'avais tort, point.
Mon travail de Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant m'a appris à lire ce genre de signal avant la casse. La Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM) revient elle aussi sur la préparation des sorties, et ma Formation continue en sécurité en montagne auprès de la Fédération Française des Clubs Alpins (2015) m'a laissé ce réflexe de base. Quand la semelle a vraiment blanchi ou qu'elle a pris des marques nettes, je laisse un atelier regarder le ski, parce que je ne vais pas plus loin sur ce terrain-là. Sur ce point, je préfère le regard d'un pro du matos à ma mauvaise confiance du matin.
Le bilan qui me reste en travers de la gorge
Au Col de la Croix-Morand, j'avais surtout l'impression d'avoir laissé 27 euros et une matinée dans une semelle sèche. Pour quelqu'un qui accepte de traîner des skis qui freinent au moindre faux-plat, mon oubli passe peut-être pour un détail, mais moi j'y ai vu une sortie gâchée. Le contraste avec une glisse propre m'a sauté au visage dès la première traversée. J'ai gardé cette sensation toute la montée du retour.
Je sais maintenant qu'un fartage revient toutes les 2 à 4 sorties quand la neige devient abrasive ou humide, et qu'un fart adapté à la température laisse moins de neige collée sous les skis. Si j'avais su ça avant de filer vers le Sancy, j'aurais gardé la journée, les 27 euros et ce sale goût de semelle qui colle encore dans la tête. J'aurais aussi évité de rentrer avec l'impression d'avoir skié à moitié. J'aurais surtout aimé voir la semelle propre avant de me lancer, parce que le reste n'a été qu'une longue erreur.


