Le bruit de mes bâtons a claqué sur la dalle du col des Arces, juste au-dessus d’un vide gris, avec un vent léger qui ne couvrait rien. Mes vieux Leki pliables faisaient un tac-tac sec à chaque appui, et ce petit vacarme m’a coupé la concentration. À ce moment-là, j’ai compris que le silence valait plus que la compacité. Je vais dire clairement pour qui le pliable vaut le coup, et pour qui il devient un piège.
Le jour où j’ai compris que le silence comptait plus que la compacité
Je randonne depuis 10 ans, et je pars aussi avec deux proches dès que la météo tient. Mon budget tourne autour de 150 euros la paire, pas plus, parce que je préfère garder une marge pour les chaussures et les trajets. Je suis à un niveau intermédiaire en rando alpine, avec des sorties qui alternent sentier, névés et ressauts courts. Ce que je cherche, c’est un bâton maniable, rapide à ranger, et assez fiable pour ne pas me trahir au milieu d’un passage cassant.
J’ai pris des pliables pour la compacité. Repliés à 35 cm, ils disparaissent dans le sac dès qu’un passage réclame les mains libres. Sur une traversée au-dessus du lac de Pormenaz, avec mes proches derrière moi, j’ai aimé les glisser d’un geste avant un ressaut rocheux. Le câble interne faisait un déploiement un peu ferme, mais j’acceptais ça pour gagner ces secondes-là.
Une fois, j’en ai forcé un sans vérifier la jonction finale, et j’ai eu un claquement sec suivi d’un jeu dans le brin. Le petit cliquetis à chaque planté m’a d’abord paru anodin, puis il m’a pris la tête sur une descente de dalle humide. J’entendais ce tac-tac sec plus que mes pas, et ça me fatiguait le cerveau autant que les épaules. J’ai aussi rangé un soir un pliable encore humide dans le sac, et le déploiement du lendemain m’a paru plus dur, presque grinçant.
À côté, mes anciens télescopiques restaient plus longs, avec une longueur repliée de 60 cm ou 75 cm selon le modèle, donc moins pratiques à sangler. Mais ils tenaient mieux, et le clac net du verrou à levier me rassurait plus que le jeu discret du pliable. J’ai fini par préférer ce contact plus franc, même si le sac perdait un peu en compacité.
Trois semaines plus tard, entre fatigue des bras et retour à la sérénité
Quand j’ai repris un télescopique, j’ai réglé le brin plus court dans une montée raide sur sentier caillouteux, puis plus long à la descente. En 12 minutes, j’ai senti mes épaules relâcher, parce que je ne poussais plus les bras trop haut. Le réglage fin changeait ma posture, et j’avais enfin l’impression de marcher avec un outil qui suivait la pente au lieu de la subir.
Le verrou à levier faisait un petit clac sec à chaque blocage, et j’aimais ce bruit-là. Le brin cessait de bouger net, sans la résistance inhabituelle du dernier segment d’un pliable ni la tension bizarre au déploiement. J’ai compris un truc bête, un peu tard, un verrou qui ferme franc vaut mieux qu’un mécanisme léger qui me laisse douter à chaque planté.
Dans une descente humide près du Pas de l’Aiguille, un clamp a faibli et le brin a glissé de quelques centimètres sous mon poids. J’ai dû m’arrêter pour resserrer, avec mes gants froids qui coinçaient sur le levier. Ça m’a cassé le rythme, et j’ai senti monter une vraie irritation. Depuis, je vérifie les clamps à chaque pause, pas seulement au départ.
Après ce réglage, j’ai retrouvé du silence. Sur terrain cassant, je me concentrais mieux, je plantais plus franchement, et je me sentais moins parasité par le matériel. Ce gain-là m’a fait basculer plus fort que le poids ou le prix.
Ce que je conseillerais à mes amis selon leur pratique et leurs attentes
Si un ami me demandait quoi prendre, je ne répondrais pas la même chose pour tous les terrains. Voilà comment je tranche, d’après ce que j’ai vraiment senti en main, pas d’après une fiche produit.
- Je conseille le pliable à celui qui coupe son effort 6 fois par sortie pour franchir un passage rocheux et glisser le bâton dans le sac en 35 cm.
- Je conseille le télescopique à celui qui alterne montée et descente, et qui accepte de vérifier le serrage à chaque pause.
- Je me méfie du pliable pour celui qui tape dans la caillasse, porte lourd, et ne veut pas surveiller un câble interne.
- Je garde le télescopique pour celui qui veut du silence plus que la compacité.
J’ai aussi regardé les bâtons fixes. Le silence est parfait, mais je les trouve pénibles dès qu’il faut les sangler au sac. Les modèles hybrides à verrouillage rapide m’ont laissé une impression intermédiaire, avec un poids qui m’a paru inutile pour mon usage.
Je n’ai pas retenu ces pistes, parce que je cherchais une solution simple, pas une collection de compromis qui me force à réfléchir à chaque pause. Sur ce point, le télescopique m’a paru plus net, et le pliable plus casse-pieds dès que le jeu apparaît.
La facture qui m’a fait basculer entre confort et silence
L’hiver dernier, j’ai fini par remplacer mes pliables après une sortie de neige lourde. Le câble avait pris du jeu, le dernier segment résistait au déploiement, et le tac-tac était devenu franchement pénible sur la roche. La facture est tombée à 180 euros, et je l’ai mal prise, parce que je n’avais pas prévu cette dépense. À ce moment-là, j’ai cessé de voir ça comme un simple détail de confort.
Avec deux enfants et un budget qui reste tenu, j’ai compris que le coût d’usure compte autant que le prix d’achat. Un rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) sur le matériel adapté m’a rappelé une chose simple : quand le matériel fatigue le corps, la sortie perd vite son intérêt. Chez moi, ce n’est pas une théorie, c’est ce que j’ai senti dans les épaules et dans la tête.
Je ne mets pourtant pas les pliables au pilori. Quand je veux une compacité extrême, ils restent tentants. Mais dès qu’une douleur, une gêne musculaire ou une mauvaise technique s’installe, je préfère en parler à un médecin du sport, ou à un kiné pour les enfants, plutôt que de bricoler seul.
Mon verdict : pour qui oui, pour qui non
Pour qui oui
Je le recommande à un randonneur de niveau intermédiaire, qui part 8 fois par an, qui veut ranger vite ses bâtons dans le sac, et qui accepte de surveiller le verrou avant un ressaut rocheux. Je le conseille aussi au parent qui marche avec deux enfants, parce que le pliage court change vraiment la gestion d’une traversée ou d’un passage où les mains doivent se libérer. Je le vois bien pour quelqu’un qui accepte de contrôler le matériel et de vivre avec un peu de bruit.
Je le recommande aussi à celui qui met la compacité devant tout, surtout s’il jongle avec un piolet, une corde ou un portage sur sac. Dans ce cas, le pliable garde du sens, même si le jeu finit par venir avec le temps. Pour quelqu’un qui accepte de vérifier l’emboîtement à la main avant chaque départ, je trouve le compromis encore défendable.
Pour qui non
Je le déconseille à celui qui veut du silence en descente, qui supporte mal un cliquetis à chaque planté, et qui ne veut jamais se demander si le câble interne prend du jeu. Je le déconseille aussi au marcheur qui oublie de reverrouiller un brin, parce qu’un affaissement de quelques centimètres casse vite la confiance.
Je le déconseille enfin à celui qui marche léger, mais sur caillasse dure, et qui s’agace dès qu’un matériel demande une attention régulière. Mon verdict est simple : je choisis le télescopique, parce que mes vieux Leki m’ont rendu la marche plus calme et plus sûre que mes pliables, même s’ils font 60 cm repliés. Je préfère ce silence-là au gain de place.


