Mes bâtons ont raclé la première dalle humide du col de la Croix-Morand, et le vent froid m’a claqué au visage dès le virage. Depuis région de Clermont-Ferrand, je suis parti 1 h 20 vers le massif du Sancy pour ce test sur 800 mètres de D+. En tant que Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant, j’ai voulu voir si mes jambes ou mon chrono racontaient la vérité.
À la maison, avec ma compagne, sans enfants, je pars d’habitude plus tôt que les autres, et ce matin-là je n’avais pas envie de tricher avec le protocole. J’avais un sac de 5 kg, une seule couche légère, et la même paire de chaussures pour les deux passages. Le sentier montait en lacets réguliers, sur un terrain peu technique, exactement le genre de pente qui laisse parler les détails.
Comment j’ai organisé ces montées pour vraiment comparer la fatigue
Le départ s’est fait à 8 h 18, sous un ciel stable et une lumière encore pâle. J’ai gardé une météo fraîche, autour de 11 degrés, et un sol juste assez humide pour faire ressortir les erreurs d’appui. J’ai connu ce genre de terrain pendant des années, et mon travail de Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant m’a appris à ne pas confondre sensation du moment et observation utile.
Je suis parti sans bâtons sur la première montée, puis j’ai laissé passer 15 minutes avant de repartir avec eux sur le même itinéraire. J’ai essayé de garder la même intensité, le même pas, et la même respiration. En pratique, je voulais isoler le geste, pas me raconter une histoire flatteuse au sommet.
J’ai utilisé des bâtons télescopiques réglés à 115 cm pour la montée, puis j’ai noté leurs effets à la main et sur la montre GPS. Ma Licence STAPS mention entraînement sportif (2010) m’a laissé ce réflexe de regarder la mécanique avant le ressenti global. Je me suis aussi appuyé sur les repères de la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne (FFCAM), qui vont dans le sens d’une marche propre avant tout.
J’ai aussi gardé le même sac, la même montre et la même configuration de dragonnes, parce que je voulais éviter un biais bête. On vit à deux, ma compagne et moi, donc je n’avais aucune contrainte de famille à gérer ce jour-là, juste un protocole simple et propre. J’ai mesuré le temps, la fréquence cardiaque, et la manière dont la fatigue glissait des jambes vers les épaules.
Ce que j’ai ressenti en montant et ce que mes mesures m’ont confirmé
Sans bâtons, j’ai senti la brûlure monter dans les mollets vers 600 mètres de D+, puis elle a glissé dans les quadriceps sur les derniers lacets. J’étais sûr de moi au départ, puis j’ai vu mon souffle se caler plus haut que prévu. J’ai bouclé cette montée en 48 minutes, avec une fréquence cardiaque moyenne de 146 bpm et un pic à 171.
Avec les bâtons, je me suis retrouvé plus droit, et mes jambes m’ont paru moins écrasées dans les derniers 200 mètres de dénivelé. En échange, j’ai senti les épaules prendre le relais, puis les avant-bras se tendre un peu sur la fin. J’ai terminé en 45 minutes, avec 147 bpm de moyenne et 169 bpm au plus haut.
Sur ma montre GPS, la cadence est passée de 118 pas par minute sans bâtons à 123 avec eux. Le chiffre n’a rien d’explosif, et c’est justement ce qui m’a intéressé. J’ai été convaincu par le partage de l’effort, pas par un gain massif au chrono.
À la descente, j’ai aussi vu une différence nette dans mes jambes et dans ma respiration. Trois minutes après l’arrivée, j’étais redescendu à 112 bpm sans bâtons, puis à 106 bpm après la montée avec eux. Je me suis senti moins raide dans les quadriceps, et j’ai retrouvé un pas plus souple dans la pente inverse.
Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas comme je l’imaginais
Au premier passage avec bâtons, j’ai planté les pointes trop loin devant moi, et j’ai tout de suite cassé mon buste. Les épaules sont montées, les bras ont poussé trop fort, et le geste est devenu lourd. Je me suis retrouvé à forcer au lieu de marcher, ce qui m’a coupé la fluidité dès les premiers lacets.
Sur une dalle humide, j’ai entendu un petit bruit sec, presque un pschitt sourd, quand la pointe a ripé d’un millimètre. Le bâton a cliqué trop plusieurs fois sur la roche, et j’ai rattrapé l’équilibre avec la jambe opposée. J’ai perdu trois pas de cadence, et j’ai senti la charge revenir d’un coup dans les cuisses.
Après 600 mètres de montée, ma main a gonflé dans la dragonne, et l’index comme le pouce ont commencé à chauffer. J’ai serré trop fort les poignées, puis mes avant-bras se sont crispés sans que je m’en rende compte. Je me suis senti bête, parce que le problème venait de ma prise, pas du terrain.
J’ai corrigé en raccourcissant les bâtons d’un cran et en posant les pointes plus près du corps, presque au niveau des hanches. J’ai aussi relâché la poussée des bras, puis j’ai replié les bâtons dans le petit passage plus technique du haut. Dès là, j’ai retrouvé une cadence plus propre, et mes épaules ont cessé de grimper vers mes oreilles.
Ce que je retiens après ces montées et pour qui ça peut vraiment changer quelque chose
Sur 800 mètres de D+, le gain de temps est resté modeste, avec 3 minutes d’écart entre mes deux passages. Je ne peux pas le vendre comme une victoire nette, et je ne l’ai pas ressenti comme ça. J’ai vu un progrès au chrono, mais pas assez pour transformer ma sortie.
Le vrai changement, je l’ai lu dans la répartition de la fatigue. Sans bâtons, tout partait dans les mollets et les quadriceps, puis je payais la facture à la descente. Avec eux, j’ai senti les jambes un peu moins en feu, mais les épaules et les avant-bras ont pris une part du travail.
Dans la logique des repères de la FFCAM, je garde surtout en tête qu’un bâton sert la marche quand il ne gêne pas le geste. Sur une pente très raide, sur une traverse cassante ou dans un lacet serré, je les replie sans hésiter. Je garde aussi l’INRS en tête pour tout ce qui touche aux prises trop serrées et aux gestes répétés, parce que mes avant-bras m’ont vite rappelé ce point.
Je ne traite pas un vrai problème d’épaule ou de poignet, et je laisse le diagnostic à un médecin du sport si une douleur vive persiste. Mon regard reste celui d’un rédacteur terrain, pas d’un soignant. En tant que Rédacteur spécialisé en sports de montagne pour magazine indépendant, je retiens surtout que ces bâtons répartissent l’effort, mais ne font pas disparaître la montée.
Je continuerai à les sortir sur les longues montées régulières, puis à les replier dès que le terrain devient plus cassant. Pour quelqu’un qui accepte de perdre un peu de liberté dans les passages techniques, ce test penche clairement du côté des bâtons, surtout quand le but est d’arriver au col de la Croix-Morand avec les jambes moins entamées. Moi, je rentre avec cette conclusion simple : le chrono bouge peu, mais mes jambes, elles, m’ont raconté autre chose.


